Nathalie Magré : souvenirs d’une enfance et d’une adolescence à la Petite Sensive

 

Nathalie Magré vit depuis près de 47 ans à la Petite Sensive. Elle raconte ses souvenirs d’enfance et d’adolescence dans le quartier.

Nathalie Magré, 47 ans, vit dans le quartier de la Petite Sensive depuis les années 1970. Elle raconte : « en 1972, c’est l’arrivée de maman et de mes grands-parents. On vient du Grand-Blottereau, dans le Vieux Doulon. Les baraquements qui étaient là-bas ont été détruits. La plupart des gens étaient relogés aux Bruyères, à Bout des Landes. Mes grands-parents ne voulaient pas y aller, je ne sais pas pourquoi. On est arrivés au 23 rue du Paraguay, j’avais 19 mois. Je suis la dernière d’une famille de trois enfants. C’était un immeuble de quatre étages, sans ascenseur. C’était trop haut pour mes grands-parents, avec l’âge. On a atterri au 7 rue de l’Equateur, on était tout près, c’est ça le quartier ! »

Un quartier qu’elle connaît par coeur : « je connais toute la surface ! Je sais depuis quelles années les maisons ont été conçues. Les immeubles sont venus après. En 1969, c’était la finition des appartements, les gens ont été logés. » Rien à voir avec le paysage d’avant : « il y avait des champs et des fermes, et des chevaux. Il n’y avait pas de route, juste une petite. Je me souviens aussi d’une petite ferme à Santos-Dumont : c’était un grand champ, avec une petite ferme à la place du tramway aujourd’hui. Ils l’ont mis en ligne en 1991-1992. »

La Maison des Jeunes

Parmi les autres souvenirs, Nathalie se rappelle tout particulièrement de son enfance. « On jouait beaucoup avec la nature. J’allais également au centre-aéré, qui était derrière la rue du Honduras. Il y en avait un autre rue du Paraguay. Il y avait beaucoup de kermesses, de fêtes, la Saint-Jean, des choses comme ça… On faisait des spectacles, des danses. C’était Madame Houssais qui s’occupait du centre à ce moment là. ».

Le reste du temps, elle s’amuse dehors : « on faisait des cabanes. On avait « le terrain d’aventures », au bout de la rue de l’Equateur. Il y avait des champs tout autour. On avait une petite piscine, il y avait des dunes, on faisait des glissades avec des vélos, des trucs un peu bizarres. Il y avait un bac à sable, qui n’existe plus maintenant. On avait des jeux, on grimpait dessus. Ça, c’était à l’époque de ma petite enfance. »

Adolescente, Nathalie passe beaucoup de temps à la Maison des jeunes, située à l’emplacement de l’actuelle Mission Locale et la Maison de l’Emploi. « On avait de tout : des cours de français, de la boxe, des activités, une bibliothèque, un Flipper et un petit bar sans alcool. Il y avait aussi des camps de chevaux-poneys et au ski. Je suis allée dans les Alpes, en Haute-Savoie. C’était super bien ! Les monos, c’était nos copains, même si je n’étais pas la pro du ski, pas du tout ! », sourit-elle.

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« Manque de structures »

Dans ces années-là, elle fréquente particulièrement « les soeurs Abib, Malika et Yasmina, et toutes les grandes familles du quartier ». Les occupations ne manquent pas : « on était toujours dehors, on trouvait toujours des choses à faire, on squattait les cages d’escalier, on allait de quartier en quartier, à la Boissière, à Bout des Pavés, au Chêne des Anglais, dans tout le quartier Nord. »

Aujourd’hui, en se souvenant de son adolescence, elle s’estime « chanceuse » : « par rapport aux générations de maintenant, c’est perdu tout ça, il n’y a plus rien de ce que l’on a pu avoir. Le quartier manque de structures pour les jeunes, il n’y a rien à la Petite Sensive. Le quartier évolue mal, il manque quelque chose pour ces jeunes-là, un abri comme nous on avait la Maison des Jeunes. »

Après l’école de la Géraudière puis le collège Stendhal, Nathalie enchaîne les stages et les boulots : « je ne suis pas allée beaucoup à l’école, j’aimais mieux l’école de la rue ! À 17 ans, j’ai fait des stages d’une semaine en entreprises, en alternance avec une semaine de cours. J’ai fait beaucoup de patrons ». Suivent différents emplois : à la Mission Locale, dans une crèche, à la mairie, à l’Accord, auprès des personnes âgées… Parallèlement, elle élève ses jumeaux, qu’elle a à 20 ans : « ils ont 27 ans aujourd’hui et vivent avec moi », précise t-elle.

« Trop de bruit »

Comme elle, ses enfants ont envie de quitter la Petite Sensive : « je ne supporte plus le quartier, j’ai envie de partir, ça fait quatre ans que je demande une mutation », explique Nathalie, fatiguée par les squats dans sa cage d’escalier : « c’est dur à supporter, je n’ai plus l’âge, ça fait des années que je suis dans le quartier, près de 47 ans. Il y a un temps pour tout, un âge où on a envie de vivre différemment. J’ai envie de connaître autre chose, envie d’aller là où on pourra me placer. ».

Parmi ses demandes : La Beaujoire, la Chapelle-sur-Erdre et la Jonelière, « tout ce qui n’est pas le quartier Nord ». Son seul souhait désormais est de quitter définitivement le quartier. « J’habite rue du Honduras depuis 1990. Avant, ça ne me gênait pas. Mais avec le temps, ce n’est plus pareil, il y a trop de bruit. C’est la société le problème, pas les jeunes. Je n’ai pas de souci avec eux, il y a un bon dialogue, il n’y a jamais eu de mépris. »

En attendant de partir, Nathalie apprécie le projet «Parade, Balade et Distorsion » qui apporte des couleurs au quartier. « La fresque, c’est vraiment sympa ! C’est un personnage de BD ? Non ? Parce que j’ai l’impression de l’avoir déjà vu quelque part ! », souligne t-elle en parlant de la première fresque, sur le pignon de son immeuble. La seconde quant à elle se déroulera sous ses fenêtres !

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